Texte : 15.07.26

Il existe des blessures qui ne cicatrisent jamais vraiment. On apprend seulement à vivre avec elles. On sourit, on avance, on construit une vie, mais il suffit parfois d’un regard, d’une absence, d’un silence ou d’un simple “je t’aime” pour que l’enfant blessé que l’on croyait avoir laissé derrière nous revienne frapper à la porte de notre cœur.

Je suis cette enfant.

Cette enfant qui est venue au monde avec l’innocence de croire que ses parents seraient son refuge. Que leurs bras seraient l’endroit le plus sûr de la Terre. Qu’ils seraient ceux qui la protégeraient de tout. On ne naît pas en doutant de l’amour. On naît en le cherchant dans les yeux de ceux qui nous ont donné la vie.

Là-haut se trouve celle qui m’a portée pendant neuf mois. Celle dont le cœur battait juste au-dessus du mien. Pendant neuf mois, j’étais tout contre elle. J’étais son enfant. Puis, au fil du temps, il y a eu des choix. Des choix qui ont doucement pris toute la place. Les stupéfiants. Un homme. Une autre vie. Et nous… ses enfants… sommes devenus ceux qu’on laisse derrière.

Je me suis souvent demandé ce qui pouvait être plus fort que l’amour d’une mère.

Qu’est-ce qui peut pousser une femme à regarder ailleurs quand son enfant tend les bras ?

Qu’est-ce qui peut faire oublier les câlins, les anniversaires, les chagrins, les premiers pas, les peurs de la nuit ?

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était moi qui n’étais pas assez.

Pas assez sage.

Pas assez intéressante.

Pas assez aimable.

Parce qu’un enfant ne remet jamais ses parents en question. Il se remet lui-même en question.

Alors j’ai grandi avec cette idée insupportable qu’il fallait mériter l’amour.

Et puis il y a mon père.

Celui qui aurait pu réparer une partie de ce vide.

Celui qui aurait pu me montrer que, malgré tout, quelqu’un me choisirait toujours.

Mais lui aussi s’est éloigné. Lui aussi a laissé une autre personne prendre une place qui ne m’appartenait pourtant pas. Petit à petit, je suis devenue secondaire. Puis presque invisible. J’aurais voulu qu’il se batte pour moi. J’aurais voulu qu’il dise : “C’est ma fille, et personne ne passera avant elle.”

Mais ces mots ne sont jamais venus.

Alors, très tôt, j’ai compris une chose terrible : ceux qui étaient censés m’aimer le plus étaient aussi ceux qui m’avaient appris à vivre sans eux.

On dit souvent que les enfants sont forts.

La vérité, c’est qu’ils ne le sont pas.

Ils s’adaptent.

Ils survivent.

Ils enfouissent leurs larmes si profondément qu’un jour, devenus adultes, ils ne savent même plus pourquoi leur cœur est aussi lourd.

Je suis devenue cette femme que tout le monde trouve courageuse.

Cette femme qui sourit.

Qui rassure les autres.

Qui écoute.

Qui tend toujours la main.

Qui aime sans compter.

Mais personne ne voit qu’à l’intérieur de cette femme vit encore une petite fille qui attend depuis des années qu’on vienne enfin la chercher.

Parce que lorsqu’on grandit en étant abandonné, quelque chose se casse.

On continue d’aimer, oui.

Peut-être même plus fort que les autres.

Mais on aime avec la peur au ventre.

Avec cette angoisse permanente que tout peut disparaître.

Que chaque “je t’aime” possède une date d’expiration.

Que chaque personne qui entre dans notre vie finira, elle aussi, par partir.

Alors on observe tout.

Le moindre changement.

Le moindre silence.

Le moindre message un peu plus froid.

Le moindre regard différent.

Et notre cœur s’affole.

Pas parce qu’on manque de confiance.

Mais parce qu’on a appris que l’amour pouvait s’arrêter du jour au lendemain.

Je suis remplie d’amour.

D’un amour immense.

D’un amour qui déborde.

Je donnerais tout à ceux que j’aime.

Je déplacerais des montagnes.

Je traverserais des tempêtes.

Je resterais quand tout le monde partirait.

Parce que je connais trop bien la douleur de l’abandon pour l’infliger à quelqu’un d’autre.

Mais il y a une chose que je n’ai jamais apprise…

Recevoir cet amour.

Quand quelqu’un m’aime, je cherche où est le piège.

Quand quelqu’un reste, j’attends le moment où il s’en ira.

Quand quelqu’un me rassure, je me demande combien de temps cela durera.

Parce que les deux personnes qui auraient dû m’apprendre ce qu’était un amour inconditionnel m’ont aussi appris, malgré elles, que même les liens du sang peuvent se briser.

Alors je donne.

Toujours plus.

Comme si, en aimant suffisamment fort, je pouvais empêcher les gens de partir.

Comme si je devais prouver chaque jour que je mérite qu’on reste auprès de moi.

Mais l’amour ne devrait jamais être une récompense.

Un enfant ne devrait jamais avoir à mériter d’être choisi.

Aujourd’hui, je comprends peu à peu que cette petite fille n’a jamais été le problème.

Elle n’était ni trop, ni pas assez.

Elle était seulement une enfant qui avait besoin qu’on la serre dans ses bras.

Qu’on lui dise qu’elle était importante.

Qu’on lui promette qu’on ne partirait pas.

Cette promesse, personne ne la lui a faite.

Alors elle a grandi en essayant de la trouver dans les bras des autres.

En cherchant désespérément quelqu’un qui resterait.

Quelqu’un qui aimerait assez fort pour réparer ce que des années d’abandon avaient détruit.

Mais personne ne peut réparer entièrement une enfance.

On peut seulement aimer assez doucement pour que les cicatrices cessent un jour de faire aussi mal.

Et malgré tout…

Malgré les abandons.

Malgré les silences.

Malgré les blessures.

Malgré les nuits à se demander pourquoi elle n’avait pas été choisie.

Cette petite fille est encore là.

Elle continue d’aimer.

Elle continue de croire.

Elle continue d’espérer.

Parce qu’au fond d’elle, il reste un rêve que personne n’a réussi à lui voler.

Celui de rencontrer un jour un amour qui ne lui demandera jamais de prouver sa valeur.

Un amour qui ne s’en ira pas au premier orage.

Un amour qui la regardera dans les yeux et qui lui fera enfin comprendre ce qu’elle attend depuis toute une vie :

“Tu n’as rien à faire pour mériter d’être aimée. Tu l’as toujours mérité. Tu étais digne d’amour dès le premier jour. Les abandons que tu as vécus racontent l’histoire de ceux qui n’ont pas su aimer comme tu le méritais. Ils ne racontent pas ta valeur.”

Et peut-être que ce jour-là, pour la première fois, cette petite fille cessera enfin d’attendre derrière le cœur de la femme qu’elle est devenue. Elle pourra simplement respirer… et croire que certains amours ne sont pas faits pour partir.

 

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Texte : 08.07.26

Il y a des soirs où le silence fait plus de bruit que le monde entier.

Des soirs où l’on s’allonge dans son lit, les yeux ouverts vers un plafond qui ne répond jamais, pendant que mille questions tournent dans notre tête. Les mêmes questions. Toujours les mêmes. Celles auxquelles personne ne semble pouvoir répondre.

Qui suis-je réellement ?

Pourquoi est-ce que j’ai toujours l’impression de ne jamais être assez ?

Pourquoi est-ce que ceux que j’apprends à aimer finissent toujours par partir ?

À quel moment ai-je commencé à croire que l’amour était quelque chose qu’il fallait mériter ?

Je crois que les blessures les plus profondes ne sont pas celles que l’on voit. Ce sont celles qui changent doucement notre manière de regarder le monde. Elles ne font pas toujours mal d’un seul coup. Elles s’installent en silence, morceau par morceau, jusqu’à devenir une partie de nous.

Elles nous apprennent à sourire alors que notre cœur est en train de s’effondrer.

Elles nous apprennent à dire « ça va » alors qu’à l’intérieur tout s’écroule.

Et un jour, sans même s’en rendre compte, on ne sait plus si l’on vit vraiment… ou si l’on survit simplement.
J’ai longtemps cru que si je donnais assez d’amour, on finirait par me le rendre.

Alors j’ai écouté.

J’ai compris.

J’ai pardonné.

J’ai attendu.

J’ai fait des efforts.

J’ai laissé des secondes chances devenir des troisièmes, puis des quatrièmes.

Je me suis adaptée à des personnes qui, elles, n’ont jamais essayé de s’adapter à moi.

Parce que lorsque l’on aime sincèrement, on finit parfois par oublier que l’on mérite d’être aimé de la même façon.

On dit souvent que les personnes les plus fortes sont celles qui ont beaucoup souffert.

Je ne suis pas certaine que ce soit vrai.

Je crois surtout qu’elles sont devenues expertes pour cacher leurs fissures.

Elles rient plus fort.

Elles rassurent les autres.

Elles donnent des conseils qu’elles auraient tant aimé recevoir.

Puis elles rentrent chez elles… et retrouvent ce vide qu’aucun bruit ne parvient à faire taire.

Il y a une différence entre être seule… et se sentir seule.

Moi, je connais les deux.

Ce qui me fait le plus mal, ce n’est pas d’avoir été déçue.

C’est d’avoir cru.

Cru aux promesses.

Cru aux regards.

Cru aux « je suis différent ».

Cru aux « fais-moi confiance ».

À chaque fois, je me suis dit que cette fois serait peut-être la bonne.

À chaque fois, une partie de moi voulait croire que quelqu’un finirait par aimer mon cœur avant mon apparence.

Mais le temps a fini par me rendre méfiante.
Aujourd’hui, lorsque quelqu’un me complimente, je me demande combien de temps ces mots dureront.

Lorsque quelqu’un me promet quelque chose, je me prépare déjà à son départ.

Non pas parce que je n’ai plus envie d’aimer.
Mais parce que mes blessures ont appris à arriver avant mon cœur.

Alors je me remets en question.

Sans arrêt.

Peut-être que je suis trop émotive.

Peut-être que je réfléchis trop.

Peut-être que j’attends trop.

Peut-être que je ne suis jamais au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne.

Ou peut-être que je cherche simplement quelque chose de rare dans un monde où tout semble devenu jetable.

On apprend à remplacer les gens plus vite qu’à les comprendre.

À partir avant de réparer.

À abandonner avant de discuter.

Comme si les sentiments étaient devenus temporaires.

Comme si les cœurs avaient une date de péremption.
Alors je me demande…

Est-ce que l’amour existe encore, ou est-ce seulement une belle histoire que l’on raconte pour continuer à espérer ?

Parfois, je regarde mon reflet et je cherche celle que j’étais avant toutes ces déceptions.

Avant les promesses non tenues.

Avant les absences.

Avant les silences.

Avant d’apprendre que certaines personnes savent entrer dans une vie… mais jamais y rester.

Je me demande où est passée cette fille qui croyait encore aux fins heureuses.

Celle qui imaginait construire une famille, vieillir à deux, traverser les tempêtes main dans la main.

Aujourd’hui, elle est toujours là.

Mais elle parle moins fort.

Elle a peur.

Peur de croire encore.

Peur de se tromper une nouvelle fois.

Peur de donner son cœur à quelqu’un qui ne verra qu’un simple passage, alors qu’elle y voyait un avenir.

Le plus triste, ce n’est pas de pleurer.

Le plus triste, c’est lorsque les larmes ne sortent même plus.

Lorsque la douleur devient tellement familière qu’elle finit par ressembler à une habitude.

Lorsque l’on ne sait plus si l’on souffre encore… ou si l’on s’est simplement habituée à souffrir.

Il y a des blessures qui ne guérissent jamais complètement.

On apprend seulement à vivre avec.

Elles deviennent des cicatrices invisibles que personne ne remarque, mais que l’on ressent à chaque nouvelle rencontre.

À chaque nouveau départ.

À chaque nouvelle promesse.

Pourtant…

Malgré tout ce que la vie m’a pris.

Malgré les morceaux de moi que j’ai laissés derrière certaines personnes.

Malgré les nuits passées à me demander pourquoi je n’avais jamais été suffisante.

Il reste une petite lumière.

Minuscule.

Fragile.

Presque éteinte.

Mais toujours vivante.

Cette lumière qui murmure que, quelque part, il existe peut-être encore quelqu’un qui ne cherchera pas à combler un vide, mais à partager une vie.

Quelqu’un qui ne verra pas mes blessures comme un poids, mais comme les chapitres d’une histoire qui m’ont appris à devenir celle que je suis.

Quelqu’un qui ne me demandera pas de changer pour être aimée.

Parce que le plus beau des amours n’est pas celui qui efface nos cicatrices.

C’est celui qui les embrasse sans jamais nous faire croire que nous valons moins à cause d’elles.

En attendant ce jour, j’apprends doucement à faire la paix avec moi-même.

À comprendre que ma sensibilité n’est pas une faiblesse.

Que mes émotions ne sont pas un défaut.

Que mon cœur n’est pas trop grand.

Il est simplement fatigué d’avoir attendu des personnes qui n’étaient que de passage.

Et peut-être que la plus belle histoire que j’ai encore à vivre n’est pas celle où quelqu’un viendra me sauver.
Peut-être que c’est celle où, enfin, je cesserai de croire que je dois être différente pour mériter d’être aimée.

 

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Texte : 24.06.26

Certaines personnes aiment avec légèreté. Elles avancent dans une relation comme on avance dans un jardin au printemps, convaincues que demain existera encore, que les fleurs continueront de pousser et que les mains qui se tiennent aujourd’hui seront encore là demain.

Moi, je n’ai jamais connu cette légèreté.

J’ai appris très tôt que les choses pouvaient disparaître sans prévenir.

Avant même d’avoir eu le temps de comprendre ce qu’était une mère, j’ai dû apprendre ce que signifiait son absence. Une absence si grande qu’elle a laissé un vide dans chacune des années de mon enfance. Un vide que personne n’a réellement su remplir.

J’ai grandi avec un père qui faisait ce qu’il pouvait avec ses propres blessures, ses propres combats, ses propres limites. Puis il y a eu cette autre femme, celle qui devait représenter une présence maternelle dans ma vie. Celle qui, aux yeux du monde, occupait la place laissée vide.

Mais certaines places ne se remplacent pas.

On peut les occuper. On peut tenter de les remplir. On peut même faire semblant qu’elles n’existent plus.

Pourtant, elles restent là.

Silencieuses.

Ouvertes.

Douloureuses.

Alors j’ai grandi comme beaucoup d’enfants qui apprennent à se débrouiller seuls. J’ai appris à ne pas trop demander. À ne pas trop déranger. À ne pas trop montrer lorsque quelque chose me faisait mal.

J’ai appris à prendre soin des autres.

Souvent, je m’occupais de mes sœurs. Je veillais sur elles. Je les aidais comme je pouvais. Je prenais des responsabilités qui n’auraient peut-être jamais dû reposer sur les épaules d’une enfant.

Pendant que je faisais attention aux autres, j’avais parfois l’impression que personne ne faisait réellement attention à moi.

Comme si mes blessures étaient invisibles.

Comme si le simple fait que je continue d’avancer suffisait à prouver que tout allait bien.

Alors j’ai continué.

J’ai grandi.

J’ai souri lorsque c’était nécessaire.

J’ai gardé certaines douleurs enfermées derrière des silences.

Mais les blessures ignorées ne disparaissent jamais vraiment.

Elles attendent.

Elles grandissent dans l’ombre.

Et un jour, elles reviennent réclamer les réponses qu’elles n’ont jamais obtenues.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à mon passé, ce n’était pas pour faire souffrir qui que ce soit.

Ce n’était pas pour accuser.

Ce n’était pas pour rester enfermée dans la douleur.

Je voulais simplement comprendre.

Comprendre d’où venait ce manque qui me suivait partout.

Comprendre pourquoi certaines questions continuaient de résonner dans ma tête des années plus tard.

Comprendre pourquoi je me sentais différente.

Pourquoi certaines absences pesaient encore autant.

Mais chaque fois que je cherchais des réponses, j’avais souvent l’impression que cela dérangeait.

On me disait qu’il fallait avancer.

Qu’il fallait tourner la page.

Qu’il fallait arrêter de ressasser le passé.

Comme si chercher à comprendre son histoire était une faiblesse.

Comme si le manque avait une date d’expiration.

Comme si l’on pouvait simplement décider qu’une douleur appartenait désormais au passé.

Pourtant, comment avancer lorsque certaines pages de notre histoire n’ont jamais été lues ?

Comment tourner un chapitre dont il manque la moitié des mots ?

Alors j’ai gardé mes questions.

Mes doutes.

Mes blessures.

Et peu à peu, elles ont commencé à façonner ma manière d’aimer.

Car lorsqu’on grandit avec la peur de perdre, l’amour devient parfois un territoire étrange.

On aime profondément.

Peut-être même trop profondément.

On s’attache à des détails que d’autres ne remarquent pas.

À un message.

À une présence.

À une attention.

À une promesse.

Parce que derrière chaque attachement se cache une peur silencieuse.

La peur que l’on parte.

La peur que l’on nous oublie.

La peur que l’histoire recommence encore.

Alors parfois, on donne tout.

On offre son cœur sans compter.

On fait passer les besoins des autres avant les siens.

On pardonne davantage qu’on ne devrait.

On reste plus longtemps qu’il ne le faudrait.

Parce qu’au fond, on espère simplement être choisie.

Être assez importante pour que quelqu’un reste.

Mais lorsque l’on porte en soi les blessures de l’abandon, chaque départ ressemble à une confirmation.

Chaque absence réveille les anciennes douleurs.

Chaque silence fait écho aux silences d’autrefois.

Et pourtant…

Malgré tout cela, je continue d’aimer.

Je continue d’espérer.

Je continue de croire qu’il existe des personnes capables de rester.

Des personnes qui ne voient pas mes blessures comme un fardeau.

Des personnes qui comprennent que derrière mes peurs se cache simplement une enfant qui a longtemps cherché sa place.

Une enfant qui voulait être regardée.

Écoutée.

Comprendre son histoire.

Être aimée sans condition.

Aujourd’hui encore, certaines cicatrices demeurent.

Certaines questions n’auront peut-être jamais de réponse.

Certaines douleurs ne disparaîtront sans doute jamais complètement.

Mais j’apprends peu à peu que guérir ne signifie pas oublier.

Guérir ne signifie pas effacer le passé.

Guérir signifie apprendre à vivre avec lui sans le laisser définir entièrement notre avenir.

Je porte encore les traces de mes tempêtes.

Je porte encore les blessures de mes absences.

Je porte encore les souvenirs de cette enfant qui cherchait sa place au milieu des silences.

Mais malgré tout ce qui a tenté de me briser…

Je suis toujours là.

Brisée, parfois.

Fatiguée, souvent.

Marquée, pour toujours.

Mais en vie.

 

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Texte : 23.06.26

Je me suis attachée à quelque chose que je n’aurais jamais dû aimer.

C’est étrange de l’admettre, parce qu’il n’y avait rien de raisonnable dans cette histoire. Rien qui aurait dû me pousser à rester, à espérer, à revenir sans cesse vers ce qui me faisait autant de bien que de mal. Pourtant, il y avait ce fil invisible. Ce fil rouge dont parlent les âmes qui se croisent sans pouvoir réellement s’oublier. Une présence silencieuse, constante, qui reliait mon cœur au sien même lorsque tout semblait vouloir nous éloigner.

Je n’ai jamais su expliquer cette sensation.

C’était comme reconnaître quelqu’un avant même de le connaître. Comme retrouver une mélodie oubliée que mon âme aurait entendue bien avant ma naissance. Une alchimie inexplicable. Une connexion qui défiait la logique, les distances, les blessures et même le temps.

Il y avait dans son regard quelque chose qui me désarmait. Quelque chose qui me donnait l’impression d’être vue au-delà de mes mots, au-delà de mes sourires, au-delà des murs que j’avais passé des années à construire pour me protéger.

Et c’est là que tout a commencé.

Ou peut-être que tout a commencé bien avant nous.

Parce qu’il existe des rencontres qui ressemblent à des accidents et d’autres qui ressemblent à des destins.

La nôtre avait le goût du destin.

Pas celui des contes de fées où tout est simple et lumineux.

Non.

Le genre de destin qui bouleverse tout sur son passage.

Le genre qui laisse des cicatrices.

Le genre qui vous apprend que l’amour n’est pas toujours doux.

Parfois, il ressemble davantage à une tempête.

Je me suis attachée à cette intensité.

À cette façon qu’il avait de faire battre mon cœur plus vite sans même s’en rendre compte.

À cette impression étrange que quelque chose de plus grand que nous existait entre nos silences.

Je me suis attachée aux détails.

Aux regards.

Aux mots.

Aux promesses qui n’en étaient pas vraiment.

Aux espoirs qui naissaient malgré moi.

Je me suis attachée à ce que j’imaginais autant qu’à ce qui existait réellement.

Et c’est peut-être là le plus dangereux.

Parce que parfois, le cœur construit des palais à partir de ruines.

Il invente des certitudes là où il n’y a que des doutes.

Il transforme des fragments en éternité.

Le cœur a ses raisons que la raison ne comprendra jamais.

Alors je suis restée.

Même lorsque certaines vérités me blessaient.

Même lorsque les absences devenaient plus lourdes que les présences.

Même lorsque la réalité essayait de me réveiller de mes illusions.

Je suis restée parce que quelque chose en moi refusait d’abandonner.

Comme si mon cœur avait été condamné dès le premier instant.

Condamné à aimer.

Condamné à attendre.

Condamné à espérer.

Et pourtant, malgré la douleur, je ne parvenais pas à voir cette histoire comme une simple souffrance.

Parce qu’elle était aussi ma guérison.

Le plus étrange dans tout cela, c’est qu’il est devenu à la fois le poison et l’antidote.

La blessure et le pansement.

La chute et le vertige qui me donnait envie de voler.

Chaque absence me détruisait un peu plus.

Chaque souvenir me reconstruisait aussitôt.

Je souffrais de ce qui me sauvait.

Je guérissais grâce à ce qui me brisait.

Et cette contradiction est devenue ma prison.

Une prison dont les barreaux étaient faits d’espoir.

Des chaînes que personne ne voyait.

Parce qu’elles ne retenaient pas mon corps.

Elles retenaient mon âme.

J’étais liée à cette histoire par quelque chose d’invisible.

Quelque chose que je n’arrivais ni à nommer ni à détruire.

Alors parfois, la haine venait s’installer à côté de l’amour.

Pas une haine véritable.

Plutôt celle qui naît lorsqu’on aime trop.

Lorsqu’on donne une place immense à quelqu’un qui ignore peut-être l’espace qu’il occupe en nous.

Je lui en voulais.

Je m’en voulais.

Je détestais cette emprise qu’il avait sur mes pensées.

Je détestais cette façon qu’avait son souvenir de survivre à tout.

Aux déceptions.

Aux larmes.

Aux promesses perdues.

Aux silences.

Mais même la haine ne suffisait pas.

Parce qu’au fond, elle n’était qu’un autre visage de l’amour.

Une preuve supplémentaire que mon cœur refusait de tourner la page.

Alors je continuais de marcher avec cette contradiction en moi.

Entre l’envie de partir et celle de rester.

Entre la colère et le manque.

Entre la lucidité et l’illusion.

Car oui, il y avait de l’illusion.

Je m’étais attachée à ce que nous étions.

À ce que nous aurions pu être.

À ce que j’espérais encore devenir à ses côtés.

Je m’étais attachée à un rêve dont je connaissais pourtant les failles.

Comme on s’accroche à une lumière au milieu d’une nuit interminable.

Comme un naufragé s’accroche à un morceau de bois même lorsqu’il sait qu’il ne le ramènera pas forcément au rivage.

Et malgré tout, je ne regrette pas.

Parce que certaines personnes traversent nos vies pour nous apprendre ce que signifie ressentir.

Vraiment ressentir.

Aimer jusqu’à avoir peur.

Espérer jusqu’à l’épuisement.

Tomber jusqu’à se perdre.

Et se relever malgré tout.

Cette histoire m’a appris que certaines connexions ne se mesurent pas à leur durée.

Elles se mesurent aux traces qu’elles laissent.

À l’empreinte qu’elles gravent dans un cœur.

À la façon dont elles continuent d’exister même lorsqu’elles appartiennent déjà au passé.

Je me suis attachée à cette intensité.

À cette passion qui brûlait autant qu’elle réchauffait.

À ce fil rouge invisible qui semblait nous relier malgré les tempêtes.

Je me suis attachée à cette douleur parce qu’elle était la preuve que quelque chose avait existé.

Quelque chose de rare.

Quelque chose d’immense.

Quelque chose que je n’ai jamais réussi à expliquer.

Et peut-être que certaines histoires ne sont pas faites pour être comprises.

Peut-être qu’elles sont simplement faites pour être vécues.

Même lorsqu’elles nous brisent.

Même lorsqu’elles nous enchaînent.

Même lorsqu’elles nous transforment.

Parce qu’au fond de moi, je sais aujourd’hui une chose :

Ce n’est pas à lui que je me suis uniquement attachée.

Je me suis attachée à ce que je ressentais lorsque son existence croisait la mienne.

À cette sensation d’être vivante.

À cette intensité presque irréelle.

À cette passion qui faisait trembler mon âme.

À cette lumière qui survivait dans l’obscurité.

À ce poison qui ressemblait étrangement à une guérison.

Et même si mon cœur en porte encore les marques, même si certaines cicatrices refusent de disparaître, il existe une vérité que le temps n’effacera jamais :

Certaines personnes deviennent des chapitres.

D’autres deviennent des souvenirs.

Mais il en existe de rares qui se transforment en battements.

Et même lorsqu’elles s’éloignent, même lorsqu’elles ne nous appartiennent plus, elles continuent de vivre quelque part en nous, dans cet endroit secret où le cœur garde précieusement ce qu’il n’a jamais réellement su oublier.

 

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Hugo Devos
il y a 2 mois

Waw bravo pour ce magnifique écrit 😊

Texte : 22.06.26

Parfois, j’ai l’impression de courir après un fantôme.

Pas une personne.

Une sensation.

Une émotion.

Une alchimie.

Cette chose indescriptible qui ne se contrôle pas, qui ne se décide pas, qui ne se construit pas à coups d’efforts ou de bonnes intentions. Cette évidence qui apparaît sans prévenir et qui bouleverse tout sur son passage.

Et si je suis honnête avec moi-même, je crois que c’est elle que je recherche depuis tout ce temps.

Pas un visage.

Pas une histoire.

Pas même un amour.

Cette sensation.

Celle que j’ai déjà connue.

Cette façon qu’il avait de me regarder, comme si j’étais la seule personne dans la pièce. Comme si, pendant quelques secondes, le monde entier cessait d’exister autour de nous.

Cette façon de me prendre la main qui semblait si naturelle.

Cette façon de me frôler qui déclenchait en moi quelque chose que je n’arrive toujours pas à expliquer aujourd’hui.

Comme si mon corps reconnaissait sa présence avant même que mon esprit ne comprenne ce qui était en train de se passer.

Je me souviens de cette connexion étrange.

De cette facilité.

De cette intensité.

De cette impression que tout était plus vivant.

Les couleurs semblaient plus vives.

Les journées plus légères.

Les nuits plus courtes.

Et les silences n’étaient jamais vraiment silencieux.

Parce qu’il y avait toujours quelque chose qui circulait entre nous.

Quelque chose que je n’ai jamais réussi à nommer.

Et peut-être que c’est ça, le problème.

Je passe mon temps à essayer de retrouver ce que je n’ai jamais su définir.

Je cherche une sensation sans connaître son véritable nom.

Je cherche une émotion sans savoir comment la provoquer.

Je cherche une connexion sans comprendre pourquoi elle est née une fois et pourquoi elle refuse parfois d’exister ailleurs.

Alors je rencontre des personnes.

De belles personnes.

Des personnes sincères.

Des personnes qui me traitent bien.

Et pourtant…

Je compare.

Sans le vouloir.

Sans même m’en rendre compte.

J’attends inconsciemment de ressentir cette étincelle.

Cette secousse intérieure.

Ce bouleversement.

Cette impression que quelque chose en moi s’éveille.

Et lorsque ça ne vient pas, je suis déçue.

Pas par elles.

Par moi.

Parce que je me demande ce qui manque.

Pourquoi ça ne prend pas.

Pourquoi mon cœur reste calme quand j’aimerais qu’il s’emballe.

Pourquoi mon âme reste silencieuse quand j’aimerais qu’elle hurle.

Mais avec le temps, je commence à comprendre une chose difficile à accepter.

Je ne peux pas en vouloir à quelqu’un de ne pas me faire ressentir ce que j’ai déjà ressenti ailleurs.

Parce que cette alchimie n’est pas une promesse.

Elle n’est pas due.

Elle n’est pas quelque chose que l’on peut exiger ou reproduire.

Elle existe ou elle n’existe pas.

Et parfois, les plus belles personnes du monde ne parviennent pas à réveiller ce que d’autres ont réveillé sans même essayer.

Ce n’est la faute de personne.

C’est simplement la réalité.

Alors peut-être que le véritable combat n’est pas de retrouver cette sensation.

Peut-être que le véritable combat est d’arrêter de la chercher partout.

D’arrêter de mesurer chaque rencontre à l’aune d’un souvenir.

D’arrêter de comparer le présent à quelque chose qui appartient déjà au passé.

Parce qu’au fond, comment une nouvelle histoire pourrait-elle avoir une chance d’exister si je lui demande constamment de ressembler à une autre ?

Comment quelqu’un pourrait-il me surprendre si je suis occupée à rechercher ce que j’ai déjà connu ?

Peut-être que je me trompe depuis le début.

Peut-être que je ne cherche pas une personne.

Peut-être que je cherche un manque.

Peut-être que je m’accroche à cette émotion parce qu’elle est devenue la preuve que j’ai déjà été capable de ressentir quelque chose d’immense.

Et peut-être que ce qui me terrifie le plus, ce n’est pas de ne jamais retrouver cette alchimie.

C’est de découvrir qu’elle était unique.

Qu’elle n’existera plus jamais sous cette forme-là.

Alors je continue d’espérer.

Je continue de croire qu’un jour, quelque chose me surprendra à nouveau.

Pas forcément de la même manière.

Pas forcément avec la même intensité.

Pas forcément avec les mêmes sensations.

Mais différemment.

Parce que peut-être que le problème n’est pas que je ne retrouve pas ce que j’ai connu.

Peut-être que le problème est que je refuse encore de laisser de la place à ce que je ne connais pas.

Et pourtant…

Il y a des soirs où le manque revient.

Des soirs où je repense à cette sensation avec une nostalgie presque douloureuse.

Comme on repense à une chanson qu’on n’arrive plus à retrouver.

Comme un parfum disparu.

Comme un endroit dans lequel on ne pourra jamais retourner.

Et ça me serre le cœur.

Parce que certaines personnes nous manquent.

Mais certaines sensations nous manquent encore davantage.

Elles s’accrochent à nous.

Elles vivent dans nos souvenirs.

Elles se glissent dans nos comparaisons.

Elles se cachent derrière nos attentes.

Et parfois, j’ai peur.

Peur de passer à côté de quelque chose de beau parce que je regarde encore derrière moi.

Peur de ne plus savoir distinguer ce qui me manque réellement de ce que j’idéalise.

Peur de ne plus savoir ce que je cherche.

Parce que la vérité, c’est que je ne sais plus exactement ce que j’attends.

Je ne sais plus si je cherche une personne.

Une histoire.

Une passion.

Une sécurité.

Ou simplement cette sensation de me sentir vivante jusqu’au plus profond de moi.

Je sais seulement qu’il existe un vide à l’endroit précis où cette alchimie a laissé son empreinte.

Un vide que rien n’a encore réussi à combler.

Et parfois, j’aimerais arrêter de le remplir à tout prix.

J’aimerais accepter que certaines émotions ne reviennent jamais sous la même forme.

J’aimerais comprendre que ce n’est pas parce que je ne ressens pas immédiatement quelque chose d’aussi fort que rien de beau ne peut naître.

J’aimerais apprendre à accueillir ce qui vient au lieu de pleurer ce qui est parti.

Mais je n’y arrive pas toujours.

Alors je continue d’avancer avec ce manque dans le cœur.

Avec ce souvenir qui me réchauffe autant qu’il me brise.

Avec cette alchimie que je n’ai jamais oubliée.

Et avec cet espoir fragile qu’un jour, sans prévenir, sans que je la cherche, une autre sensation viendra toucher mon âme.

Non pas pour remplacer celle que j’ai perdue.

Mais pour m’apprendre qu’il existe encore des émotions que je n’ai pas encore eu la chance de découvrir.

 

📍Cha.samatt_02📍

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Texte : 17.06.26

Un soir, alors que le sommeil m’avait doucement emportée, je me retrouvai dans un endroit étrange. Tout semblait réel, mais pourtant différent. Le silence était lourd, presque vivant. Une pluie fine frappait contre les vitres d’une maison que je ne reconnaissais pas vraiment… et qui pourtant m’était familière.

Au bout d’un couloir faiblement éclairé, j’entendis des sanglots.

Des pleurs d’enfant.

Des pleurs étouffés, comme ceux qu’on essaye de cacher lorsque personne ne vient nous consoler.

Mon cœur se serra immédiatement.

Je m’avançai lentement jusqu’à une porte entrouverte. La lumière de la lune traversait la fenêtre de la chambre et dessinait une silhouette recroquevillée dans un coin.

Une petite fille.

Les genoux repliés contre sa poitrine.

Les bras entourant ses jambes.

Le regard perdu derrière la vitre où les gouttes de pluie glissaient lentement.

Je frappai doucement à la porte.

Elle leva les yeux vers moi.

Et à cet instant, mon souffle se coupa.

Je connaissais ce visage.

Je connaissais ces yeux remplis de tristesse.

Je connaissais cette solitude.

Parce que cette petite fille…

C’était moi.

Je m’approchai lentement et m’assis à côté d’elle.

Pendant quelques secondes, aucune de nous ne parla.

Comme si nous avions besoin d’apprivoiser cette rencontre impossible.

Puis je lui demandai doucement :

— Est-ce que ça va ?

Elle haussa les épaules.

Ce geste que je connaissais si bien.

Celui qui voulait dire : « Non, mais personne ne le remarquera de toute façon. »

Alors je lui souris tendrement.

— Comment tu t’appelles ?

Elle fronça les sourcils.

— Tu le sais déjà.

Je laissai échapper un léger rire.

— Oui… c’est vrai.

Un silence s’installa à nouveau.

Puis elle me regarda avec curiosité.

— Tu es qui ?

Je sentis ma gorge se nouer.

— Je suis toi… quelques années plus tard.

Ses yeux s’agrandirent.

— Alors je vais devenir grande ?

— Oui.

— Et je vais être heureuse ?

Cette question me transperça.

Parce qu’aucune réponse simple n’existait.

Je baissai les yeux quelques instants avant de répondre.

— Tu vas connaître de très beaux moments.

Elle attendait la suite.

— Mais tu vas aussi traverser beaucoup de tempêtes.

Son sourire disparut.

— Encore ?

Ce simple mot fit monter les larmes dans mes yeux.

Encore.

Comme si elle avait déjà vécu bien plus qu’une enfant n’aurait dû supporter.

Comme si elle était déjà fatiguée de se battre.

Alors elle détourna le regard vers la pluie.

— Tu sais… parfois j’aimerais devenir grande très vite.

Je souris tristement.

— Pourquoi ?

— Parce que je pense que les adultes savent quoi faire quand ils sont tristes.

Mon cœur se brisa un peu plus.

Si seulement elle savait.

— Non, ma chérie.

Les adultes pleurent aussi.

Les adultes ont peur aussi.

Les adultes se sentent seuls parfois.

Elle me regarda, surprise.

— Alors ça ne s’arrête jamais ?

Je réfléchis un instant.

— Si. Certaines douleurs finissent par s’apaiser.

Mais d’autres nous accompagnent longtemps.

Elles deviennent plus silencieuses.

Elles ne disparaissent pas complètement.

Elles apprennent simplement à vivre avec nous.

Elle resta silencieuse quelques secondes avant de murmurer :

— Si tu es moi… alors tu te souviens ?

— De quoi ?

— Des soirs où je pleure toute seule.

— Oui.

— Des fois où j’aimerais que quelqu’un vienne me sauver.

— Oui.

— Des fois où j’ai l’impression que personne ne voit que j’ai mal.

Une larme roula sur ma joue.

— Oui… je m’en souviens.

Elle baissa la tête.

— Alors pourquoi personne n’est venu ?

Je sentis mon cœur se serrer.

Parce qu’il n’existait aucune réponse capable de réparer une telle blessure.

Alors je passai doucement une main sur son épaule.

— Je suis venue.

Elle releva les yeux vers moi.

Et pour la première fois, je vis une petite lueur apparaître dans son regard.

Puis elle murmura :

— Si tu savais à quel point j’aimerais devenir toi.

Ces mots furent comme un coup de poignard.

Je regardai cette enfant qui rêvait d’avenir.

Cette enfant qui croyait que grandir réglerait tout.

Cette enfant qui ignorait encore les combats qui l’attendaient.

Alors je lui répondis avec un sourire rempli de tendresse :

— Et moi, si tu savais à quel point j’aimerais parfois redevenir toi.

Elle sembla étonnée.

— Pourquoi ?

— Parce que je pourrais te protéger davantage.

Parce que je pourrais te serrer dans mes bras lorsque tu te sens abandonnée.

Parce que je pourrais t’apprendre que ta valeur ne dépend pas de l’amour que les autres te donnent.

Parce que je pourrais te dire de ne pas courir après les personnes qui choisissent de partir.

Parce que je pourrais t’éviter certaines blessures.

Elle resta silencieuse.

Alors je poursuivis :

— Tu vas rencontrer des gens qui te promettront de rester et qui finiront par partir.

Des gens que tu aimeras profondément.

Des gens pour qui tu déplaceras des montagnes.

Et parfois, tu auras l’impression de ne jamais être assez.

Pas assez importante.

Pas assez aimée.

Pas assez choisie.

Mais écoute-moi bien.

Le problème ne viendra jamais de toi.

Tu passeras des années à chercher chez les autres l’amour que tu mérites.

À tendre les mains.

À attendre.

À espérer.

À croire que si tu fais davantage d’efforts, alors quelqu’un finira par rester.

Mais un jour, tu comprendras que certaines personnes sont seulement de passage.

Et que leur départ ne diminue en rien ta valeur.

Ses yeux étaient remplis de larmes.

Les miens aussi.

Puis je pris doucement ses petites mains dans les miennes.

— Et surtout…

Tu rencontreras quelqu’un qui changera tout.

Elle sourit légèrement.

— Un prince ?

Je ris à travers mes larmes.

— Non.

Bien mieux qu’un prince.

Un petit garçon.

Ton petit garçon.

À cet instant, quelque chose changea dans son regard.

— Mon fils ?

— Oui.

Je sentis mon cœur battre plus fort.

— Il remplira des endroits en toi que tu croyais condamnés au vide.

Il t’aimera sans calcul.

Sans condition.

Sans promesse brisée.

Tu découvriras un amour si pur qu’il te fera comprendre que certaines choses valent la peine d’être vécues malgré toutes les tempêtes.

Quand il te regardera, tu ne verras pas tes blessures.

Tu verras une raison de continuer.

Une raison de te relever.

Encore et encore.

Parce que tu le feras.

Tu tomberas.

Souvent.

Tu pleureras.

Beaucoup.

Tu penseras parfois ne plus avoir la force.

Mais regarde-moi.

Je suis là.

La preuve vivante que nous avons survécu.

Toutes les deux.

À chaque absence.

À chaque abandon.

À chaque blessure.

À chaque tempête.

La petite fille me regarda longuement.

Puis, pour la première fois depuis mon arrivée, elle sourit.

Un sourire fragile.

Mais sincère.

Alors elle posa sa tête contre mon épaule.

Et tandis que la pluie continuait de tomber derrière la fenêtre, nous restions là.

En silence.

La petite fille qui voulait grandir.

Et la femme qui aurait tant voulu lui éviter certaines douleurs.

Deux versions d’une même âme.

Brisées parfois.

Fatiguées souvent.

Mais toujours debout.

Toujours vivantes.

Et malgré tout ce que la vie avait tenté d’emporter…

Encore capables d’aimer.

Encore capables d’espérer.

Parce qu’au fond, même lorsque tout semblait perdu, nous avions survécu.

Brisées, mais en vie.

📍Cha.samatt_02📍

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